Une journée pas comme les autres… récit d’une naissance en conscience

Récit de naissances.. celle d’une petite merveille et celle d’une maman. Je tiens à partager cet événement car je suis reconnaissante d’avoir pu me nourrir des témoignages d’autres femmes en préparant cette étape puissante d’une vie. Je la raconte telle que je l’ai vécue, en toute authenticité par rapport à son intensité, la douleur, les doutes, les forces et faiblesses car c’est sa vérité et j’estime qu’un événement aussi important mérite de ne pas être sous-estimé ni édulcoré. Chaque femme, chaque naissance sont uniques, il paraît. Voici mon histoire…

Depuis que la naissance se rapprochait et se comptait en petites semaines, je me demandais si je pressentirais ce moment, et quand, (la veille ?.., le matin même ?… Est-ce que je sentirais en moi « oh, il se passe quelque chose en moi. C’est pour bientôt. » comme on peut sentir l’électricité dans l’air annonçant un orage) ou bien, continuerais-je ma vie sans m’en douter jusqu’au moment où les choses sérieuses commenceraient, avec les premières contractions ou une perte des eaux ? Et bien malgré une relation très intense et suivie avec mon corps et mon âme ces derniers mois, c’est de manière totalement imprévue que les choses sont venues. En dehors des dates prévues, que ce soit par les prévisions médicales, les divinations ou les informations transmises initialement par l’âme de l’enfant.

Et c’est ainsi qu’un matin, alors que le programme de la journée était décidé et annonçait diverses sorties enthousiasmantes, c’est ainsi qu’à l’aurore, des premières douleurs se firent sentir dans mon bas ventre. Des premières sensations douloureuses diffuses, de la même trempe que les crampes menstruelles. Encore diffuses, mais suffisamment inconfortables pour empêcher le sommeil de revenir. Concentrée sur mes sensations, toujours sans ressentir d’appel en moi, je guettais ces douleurs qui se révélaient en discontinues. Elles venaient et repartaient. Finalement, elles pourraient ressembler à des contractions, et si ce n’est pas le cas, cela me semblait inquiétant. Au bout de 20 minutes je me lève pour gérer la douleur par le mouvement, et commence les aller-retours dans le couloir à écouter mon corps. Il devient clair que ce sont des contractions, et pour vérifier si ce sont des « vraies », je m’oriente vers un bain chaud qui atténuera un peu les douleurs dans le dos sans les ralentir ou les diminuer. Elles se précisent, sont très intenses et rapprochées (environ toutes les 5-6 minutes, d’une durée de 30-40 secondes). Alors que nous décidons avec mon compagnon qu’il restera avec moi, je profite des bienfaits de l’eau chaude en dansant sous la douche lors des vagues de contraction, et en me reposant et m’étirant dans le bain entre deux. En suivant mon instinct et en réutilisant tous mes apprentissages de ces derniers mois, j’utilise la respiration, profonde abdominale et dirigée vers le col et la sortie, les sons (des « aaaa » et des « ooo » vibrant dans le bas du ventre), les mantras « cette naissances se passe dans l’harmonie, la joie, l’amour… » « l’accouchement est rapide… » « je m’ouvre, je lâche » ainsi que la visualisation « une fleur qui s’ouvre, un tunnel ouvert doré et accueillant… ». Pendant ce temps afin de noter leur fréquence, j’annonce l’arrivée des vagues à mon compagnon qui finissait de préparer les sacs et chargeait la voiture. La douleur est vraiment intense, mais il me semble que ça avance, je me concentre sur le moment présent et le lien avec mon enfant, pour lui signaler que nous travaillons ensemble et qu’il sera bientôt parmi nous. Au bout d’une heure et demi, je sens qu’il faut sortir et aller à la maternité. Une fois sortie, je sais que je ne tiendrais pas en place, qu’il faut que ça avance. Départ immédiat à la maternité donc, après avoir croisé un voisin qui comprend bien ce qu’il se passe et nous souhaite bonne chance. En voiture, la position assise impose de redoubler de concentration sur le moment présent, la respiration. Ne pas penser à tout ce qu’il y a encore à surmonter, comment les choses pourraient évoluer, seulement être pleinement dans le présent à gérer ce qui vient, pas après pas. C’est le moment également de prévenir des proches que nous sommes en route, afin de bénéficier de leurs pensées et énergies.

Arrivés à la maternité, après un premier examen qui permet de constater que le travail est bien avancé (je n’ai pas voulu savoir sur le moment pour ne pas me déconcentrer, mais la dilatation était déjà à 6 cm, 4 heures après les premières contractions) nous allons directement en salle de naissance. Bonne nouvelle, celle « nature » équipée d’une baignoire et d’une jolie fresque murale (et là on se dit que c’est si important ces décors peints qui font voyager!) est disponible et nous accueillera pour ce grand événement. De nouveau quelques examens, monitoring, antibiotique pour le streptocoque, puis la liberté de mouvement retrouvée. Car une naissance physiologique était notre souhait, avec la liberté de mouvement et l’absence de péridurale, d’interventions médicales. Une fois tranquilles, je prend conscience que maintenant tout se jouera dans cette pièce, c’est à la fois rassurant d’être si près du but et à la fois terriblement impressionnant car on ne peut plus reculer, la machine est en route ! Le passage des vagues se vit beaucoup mieux en ondulant du bassin (en dessinant des ronds ou des lémiscates -8-), accrochée à un radiateur en fonte et concentrée sur les sensations pour être pleinement présente, en respirant profondément et enchaînant les « oooo » et les « je lâche je lâche je lâche / je m’ouvre je m’ouvre je m’ouvre » pour lâcher mes peurs, doutes etc. pouvant empêcher le col de bien s’ouvrir. Je visualise également une fleur, un tournesol, qui s’ouvre et illumine ce passage pour aider et accompagner le bébé dans sa sortie.

C’est très douloureux, mais je ne veux pas trop me poser de questions. Je suis si concentrée, que je refuse dans un râle la proposition de mettre de la musique, celle là même pour laquelle plusieurs heures ont été consacrées à préparer divers cds (musiques festives, ensoleillées ou de méditation, d’ancrage, de mantras…). Le silence et mes propres sons deviennent ma bulle dans laquelle je me concentre autour de mon corps et du bébé. J’ai faim, n’ayant pas petit-déjeuner par précaution et craque pour un jus de fruits, que mon corps ne retient finalement pas.

Après un moment, je demande le bain chaud pour me soulager et faciliter la mobilité du bassin et l’usage de différentes positions pour détendre le dos. Pendant les contractions, mon compagnon me masse le dos, me tient la main, me serre contre lui. Et il respecte mes besoins, évite certaines paroles et gestes…le silence, juste le silence. Entre deux, il me parle et me change les idées, me fait rire. Alors qu’il se croit inutile, sa présence confiante et son amour m’aident à supporter la douleur, et j’ai confiance en lui pour oser être moi même et exprimer les choses à ma manière… je trouve le temps long, et c’est si intense et douloureux… j’espère que je tiendrais le coup, je me conforte en me disant « je peux y arriver, je peux y arriver ». Au bout d’une heure et demi, des poussées commencent, c’est nouveau et si violent, comme si tout le corps allait sortir. Je veux sortir du bain, bouger debout et appeler la sage-femme et l’aide-soignante pour être rassurée et accompagnée dans cette nouvelle étape. Je me demande si le bébé peut déjà sortir ?

Hors de l’eau, j’ai de plus en plus de mal à supporter la douleur, et demande l’acupuncture. On me dit que cela n’apaisera pas la douleur, mais accélérera les choses. En les intensifiant la fréquence et l’intensité… Cela me semble déjà si intense, je me demande si je supporterais, mais il faut que ça avance. L’aide-soignante m’encourage à respirer en faisant des « aaa » pour aider à lâcher et ouvrir le col. Un nouveau monitoring et la pose des aiguilles m’imposent d’être allongée pour un moment, ce qui rend plus difficile la gestion de la douleur. En effet, après la dernière aiguille (sur le petit orteil de pied, une zone particulièrement sensible) le travail s’accélère avec la rupture soudaine et quasi immédiate de la poche des eaux. Les poussées sont de plus en plus fortes et impressionnantes. Je doute, c’est si éprouvant. La respiration en « S » soulage un peu, et il est de plus en plus difficile de visualiser. Je dis à l’aide-soignante que si ça continue, je vais peut être craquer et demander la péridurale. Un nouvel examen révèle que je suis bien avancée, la sage-femme m’encourage à continuer. Je peux changer de position sur la table, si je souhaite être plus assise ou sur le côt, mais la fatigue et la douleur rendent insupportables les mouvements restreints, je reste allongée, légèrement assise. Peu de temps après, le monitoring note que le cœur du bébé ralentit un peu, ce qui fait dire qu’« il faudrait peut être mieux finalement poser la péridurale au cas où il faille une césarienne ». Une césarienne…, ce que je redoutais (même si je m’étais préparée à tout, et aussi à ça), et en même temps je dois être honnête et avouer qu’une part de moi s’est alors dit « au moins, je serais soulagée de toute cette douleur et ce sera fini ! ». Mais il faut croire que ce bébé n’en voulait pas non plus, car les sensations sont devenues encore différentes, les poussées plus fortes et dans un mouvement de panique il nous a été demandé de retenir les poussées pour permettre à l’équipe de se préparer à recevoir le bébé. Tous les trois autour de moi vont alors me soutenir dans les dernières poussées pour me dépasser et accompagner la sortie de notre enfant. Ce fut un des moments les plus intenses et violents, à aller renforcer cet élan naturel d’éjection alors que les forces manquent et que le corps est éprouvé par ces heures de douleur intense. Grâce à eux, et toutes les bénédictions qui m’entouraient, quelques poussées plus tard feront voir le jour à notre petite fille, cette merveille de la vie posée sur mon ventre dans un grand soulagement. Moment magique, irréel, où le temps, les douleurs s’arrêtent. Elle est si grande ! Comment croire qu’il y a quelques instants, elle était lovée dans mon ventre ! Émotion intense et gratitude envers la Vie et cet être qui me semble si familier. Elle va bien elle est arrivée naturellement sans interventions et j’en suis si heureuse et reconnaissante. 8 heures 30 après les premières contractions.

Après un moment intime d’accueil de cet enfant avec mon compagnon, qui pourra lui couper le cordon, les choses sérieuses reprennent et doivent aussi il me semble être dîtes.

Le placenta ne semble pas vouloir sortir seul malgré diverses solutions naturelles, y compris la première tétée, et l’équipe ne veut pas attendre trop longtemps. On parle à nouveau d’anesthésie (cette fois-ci une rachianesthésie) pour aller le chercher. L’anesthésiste est appelée, je suis un peu déçue mais tellement soulagée que mon enfant est été préservé d’une intervention que cet imprévu médicalisé me semble dérisoire. Mais mon compagnon me fait rire, impossible de me rappeler pourquoi, ce qui provoque l’expulsion soudaine du placenta contre toute attente (et sans réceptacle prévu…). L’anesthésiste arrive et attend le temps que la sage-femme vérifie l’intégrité du placenta. Des membranes semblent manquer à l’appel, elle préfère aller les retirer par précaution. La rachianesthésie est toujours à l’ordre du jour. Mon compagnon prend alors à son tour notre enfant en peau à peau pendant qu’on me prépare. Je suis submergée par l’émotion en les voyant tous les deux. L’anesthésiste croit que ce sont des pleurs de déception, mais en cet instant je suis si heureuse bien que très épuisée. Le répit accordé par l’anesthésie au niveau de la douleur des contractions qui continuent toujours un peu, ainsi que la sensation de brûlure provoquée par une petite déchirure fut donc finalement apprécié. La sage-femme récupéra le reste des membranes et réalisa quelques points de suture, puis fit une dernière toilette intime et nous laissa pour a période d’attention avant de pouvoir quitter la salle de naissance. Deux heures de tranquillité entre nous, à observer cet enfant et à se reposer. Le calme total. Enfin, notre enfant est pesé, séché et habillé, et nous pouvons rejoindre tous les trois, fiers et heureux, la chambre pour le reste du séjour.

Et là, commence une autre histoire, ou plutôt des histoires, qui parle d’allaitement (pas si facile finalement!), de montagnes russes émotionnelles, de l’apprentissage à être parents (pas simple non plus!), de pleurs, de croyances, de l’ego, de pertes de repères, de retrouvailles avec son corps, de choix à faire… car encore une fois, de la difficulté j’apprends et grandis ! Et n’est-ce pas cela aussi, être parent ? Avancer avec les défis quotidiens, en étant intensément immergé dans le moment présent… mais cela je peux le dire après deux mois de recul. Et je crois que quand on dit que l’intensité de l’accouchement prépare à celle d’être parent, je suis d’accord en regard de ma propre expérience. Je ne m’attendais pas à autant, j’ai été et reste encore étonnée et même choquée par la violence de ces poussées, de cette force dans le corps pour donner la vie. C’est à la fois si beau et si brutal. Je ne regrette pas ce choix, cette expérience, aussi éprouvante fut-elle, m’a fait grandir et découvrir en moi une force et un courage que je ne me connaissais pas. En toute honnêteté et tant pis pour la modestie, je suis fière d’avoir réussi ce premier enfantement aussi rapidement et naturellement et je sais que je pourrais compter sur cette force pour tous les futurs challenges de la vie, même si je la souhaite douce et harmonieuse. Mes prochains enfantements, je les envisage aussi physiologiques mais il me faut du temps pour retrouver mes forces et du courage ! Et je suis profondément reconnaissante envers mon compagnon qui a été parfait et indispensable, l’équipe bienveillante qui a témoigné d’autant d’attentions et d’enthousiasme à nous accompagner dans notre projet de naissance, tous mes proches,guides et relations qui nous ont entourés de leurs pensées et énergies, toutes les ressources et personnes qui m’ont préparées au mieux et surtout envers cet âme qui nous a rejoint et s’est formidablement bien débrouillée en faisant preuve de détermination et de courage dans son épreuve de naître à la vie sur Terre.

Merci ❤

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