Les bouées qui m’ont sauvée / Violences conjugales Acte 2

Dans ce tunnel, il y a eu quelques éléments « miraculeux », qui ont empêché d’aggraver la situation. De la rendre totalement définitive. Voire létale.  

  • Ne pas avoir eu d’enfants ensemble… Un lien à vie quoi qu’il arrive, et une aggravation de la situation. Car autant il était demandeur, autant il assumait totalement qu’il ne voulait pas s’occuper d’un potentiel enfant jusqu’à ses 2 ans (un bébé n’ayant aucun intérêt). Donc il aurait fallu que je m’occupe de tout pour le bébé, mais il s’engageait à faire les courses et la cuisine. Et il réclamait de conserver sa femme à 100 %. Ayant déjà eu une enfant, et ayant déjà souffert d’un conjoint plutôt absent, je sais à quel point c’est intenable de gérer tout toute seule, surtout avec une personne réclamant toute l’attention, jalouse, et qui souhaite en plus avoir sa femme à disposition à une période où l’esprit et le corps n’y sont pas. Heureusement, il me restait un instinct qui s’y opposait, et puis pour des raisons médicales ce n’était pas simple.

  • Avoir emménagé dans un bourg, avec des voisins mitoyens. Et non dans une maison isolée sans voisinage. J’ai l’intime conviction que l’issue en aurait été fatale. Sans nécessité de faire attention aux éclats de voix, aux bruits pour ne pas alerter les voisins, que se serait-il passé ? Dans un huit clos encore plus isolé ?  De plus, pour moi pouvoir croiser des commerçants, saluer des voisins, parler avec d’autres parents 2 min, c’étaient des bouffées d’oxygène. Des rappels à la « réalité normale ». Salvateur.

  • Avoir eu mon travail. Cet espace où je pouvais réfléchir seule, sans trop d’interférence ni de contrôle. Où je pouvais m’échapper à la journée lors de réunions ou rendez-vous (étant majoritairement en télétravail et donc cloîtrée avec lui). Où je pouvais « retrouver mon cerveau » et me rendre compte que j’arrivais à réfléchir, à élaborer, structurer… Ce à quoi je n’arrivais parfois plus à ses côtés, tellement prise de confusion par le stress et la peur. Au point de m’inquiéter de « devenir bête ». Ce travail où je pouvais parler, échanger avec d’autres personnes, dont des hommes, en toute normalité. Sans mépris, sans dénigrement, sans menaces, sans violences… l’esprit tranquille. Cela pouvait donc être possible ? Peut-être ce n’était pas moi qui étais responsable de tous ces problèmes et tensions permanents ? Je peux avoir des relations normales avec les gens et les hommes… Et oui, il suffit de me souvenir « d’avant ». Avant sa rencontre. J’avais alors des relations « pacifiques », dont plus de 10 ans avec le père de ma fille. Sans violences. Sans haine. Sans mépris. Ces constats font ressurgir certaines évidences : je n’ai jamais rendu fou ni haineux un être humain, compagnon ou ami. Je n’étais peut-être pas responsable de son état et de ce qu’il déversait sur moi (Si je dis ça, c’est bien parce que j’ai cru longtemps en être responsable…). J’ai aussi recommencé à observer le monde extérieur, petites fenêtres dans le tunnel sombre. J’ai vu des couples se parler, se respecter même si désaccords il y a toujours. J’ai vu des hommes sans cette folie destructrice. Je n’idéalise -plus- personne. Mais il y a un monde entre un homme imparfait (« normal » quoi) et un être complètement destructeur-malsain-nocif-pervertissant le monde et les sentiments…

Bref, je le pense sincèrement, ces trois éléments « extérieurs » m’ont sauvé la vie… Oui sauvé la vie.

Et il y aussi une autre jolie bouée. Je l’ai compris en mettant en perspective mon histoire avec celle d’autres femmes, notamment celles qui ont connu cet homme.

  • Ma fille.

C’est délicat d’en parler, je m’en voudrai toujours de ce qu’elle a vécu à cause de mes choix personnels. De ce dont je ne l’ai pas protégée. Du temps qu’il m’a fallu pour ouvrir les yeux et comprendre…

En tout cas, j’ai conscience qu’elle m’a tirée vers le haut. Elle m’a permis de ne pas sombrer. N’empêche aussi que parfois je me dis que ce n’est pas si simple. Parfois je me dis que si j’avais été sans enfant, je serais partie plus vite, plus tôt. Plus libre, j’aurais pu prendre les voiles dans la nuit. Mais avec une enfant, que je souhaitais préserver de tout cela, et malgré tous mes manquements, je ne me sentais pas libre de m’échapper. A la fois j’étais encore plus piégée car ne voulant pas l’extraire brutalement d’un univers connu et familier. Même si, ambivalence totale…, cet univers était malsain. J’ai conscience de la contradiction, des ambivalences de ces sentiments. Je n’explique pas tout, ni ne me donne des excuses. Je mets simplement sur la table ce qui m’habitait. Si cela peut aider d’autres à comprendre, à nourrir leurs propres réflexions et faire avancer tout ce schmilblick. Je ne fournis pas une explication, mais simplement un témoignage brut et mes maigres réflexions personnelles quand j’en ai.

Mais dans tout cela, elle a contribué à ce que je garde autant que possible un peu la tête hors de l’eau, enfin juste la bouche pour respirer… Garder le maximum de pieds dans la normalité, pour elle. Aller prendre l’air, faire des choses chouettes, pour elle. Se lever le matin, pour elle… Dire non, refuser, pour elle. Me « contracter » sur mes petites certitudes que je n’ai rien fait de mal, que je ne suis pas responsable, et d’essayer de continuer de vivre normalement le moment pendant qu’il partait en crise, pour elle… Garder le moral, le sourire, ne pas m’effondrer, pour elle… Lui offrir un maximum une vie « normale », avec de beaux moments, à sa hauteur. Lui offrir du temps, une jolie présence entière et pleine. Sentir aussi la force de son sourire, de ses rires, de son amour. Évidemment que cela m’a aussi nourrie et donné de la force !

Et aussi, en ayant vu la « chute » de certaines femmes, se réfugiant, fuyant dans l’alcool, ou autres échappatoires face à toute cette violence et cette souffrance, et lui étant très porté sur l’alcool, les drogues (médicaments) en m’en proposant, j’ai toujours tenu par l’instinct de devoir rester consciente pour ma fille. Pouvoir me réveiller dans la nuit si elle m’appelle. Me lever le matin pour m’en occuper ou l’amener à l’école. Pouvoir être toujours vigilante et en veille pour elle. Donc consciente. Donc pas d’alcool fort, ni médicaments « planants » comme les benzodiazépines, opiacés… qui m’étaient proposés régulièrement. Dans tout ça, j’ai pu garder un cap et des bases quand même. Et je sais à quel point elle y a contribué. Et aussi à quel point elle a été à la base des « déclics ».

Il faudrait ensuite raconter tous ceux qui m’ont aidée après « le déclic ». Les amies, les associations, les voisins qui ont été d’un grand secours…

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