Des déclics et une évasion / Violences conjugales Acte 2

Déclics et des claques

« Alors ça a été quoi ton déclic pour partir ? » Question dans le top 3. Question légitime, d’autant plus pour aider d’autres personnes, victimes de ces prisons de violences.

Il n’y a pas eu qu’un déclic, ce fut un processus de quelques mois jalonnés de plusieurs évènements. La décision a mûri intérieurement et inconsciemment durant ces mois, nourrie par ces étapes. Cela peut sembler long, terriblement long, tous ces mois. Mais au moins, quand je suis partie, j’étais prête et « mûre ». Je n’ai pas fait machine arrière. Je n’y suis pas retournée. Car malheureusement, il arrive que des victimes s’échappent, mais ne soient pas encore « prêtes », et retournent chez leur agresseur. Car le lien de dépendance, de culpabilité, d’emprise est trop fort. C’est terrible à vivre, car ça fragilise encore plus la victime, et c’est également désespérant pour les proches, les aidants.

Il faut également être suffisamment prêt, car une sacrée dose de force et de courage est nécessaire pour s’extraire de ce piège. On doit savoir pourquoi on le fait, être sûr de soi, et s’être retrouvé un minimum pour se lancer. Car ce sera difficile et long. Même si le bonheur d’être libre et en sécurité est plus fort que tout…

Alors pour en revenir à mes propres déclics :

Il y a eu déjà un passage de cap quand les violences physiques se sont aggravées, avec la fois où il m’a tabassée au pied de la chambre de ma fille. Alors que j’étais à terre, sans bouger. Là, une chose s’est vraiment brisée en moi. Mais à cette époque, j’étais dans le tunnel, je ne voyais pas de sortie. La sortie n’existait pas, ce n’est pas qu’elle ne semblait pas possible, c’est qu’elle ne s’envisageait même pas !  Il n’existait rien en dehors de ce tunnel.

Les passages de cap suivants ont été l’amplification de son autoritarisme envers ma fille. Du jour au lendemain, tout à coup sans raison, il ne voulait plus qu’elle fasse quelque chose qu’elle faisait habituellement. Comme par exemple, jouer dans une partie de la maison (par exemple le salon, un bout du pseudo jardin). Subitement, il pétait un plomb et me faisait passer pour folle alors qu’elle jouait de la même manière que depuis 6 mois au même endroit. Et il niait qu’avant elle pouvait. C’était surréel et complètement imprévisible. Et aucun dialogue n’était possible. Il quittait soudain la pièce, le regard noir, interrompant la cuisine, le repas, l’activité en cours, puis me harcelait de messages me traitant de folle, d’irrespectueuse, ou de mauvaise mère… Il m’interdisait de lui répondre. Imposait un silence comme torture. Il contrôlait tout, et voulait l’exclusivité de l’écriture et de la parole. La journée était fichue, il nous imposait cet état de dépendance à son humeur, et je ne pouvais que répondre à ses volontés et m’excuser pour espérer apaiser la situation. Sinon ça s’empirait, jusqu’à finir en violences physiques. Cela pouvait arriver à des kilomètres de chez nous. Parce que ma fille allait se baigner pendant qu’on attendait notre repas à un restaurant de plage. Parce que ma fille jouait avec un autre enfant pendant qu’on prenait le café… On aurait dit qu’il s’emportait dès que ma fille respirait. Ou dès que je faisais quelque chose avec elle. Cela devenait invivable. Et alors qu’il faisait des insinuations pour avoir un enfant, je prenais conscience que ça allait être une horreur. Et que la situation s’aggravait. Que c’était inacceptable. Parce que je ne faisais pas ce qu’il voulait, j’essayais de préserver ma fille de ses pétages de plomb, et la laisser jouer, mais je le payais très cher avec son harcèlement toute la journée, et toute la nuit avec sa rage contre moi. C’était de plus en plus invivable. Et je lui résistais de plus en plus. Jusqu’à faire les choses dans son dos, cacher des messages de communication avec le père de ma fille, et jusqu’à organiser son anniversaire malgré tout. Car il ne voulait pas fêter Noël, ni les anniversaires, ni aller aux fêtes de village, de l’école. Et j’ai refusé de le suivre dans cette dictature, en le payant cher par contre. (Je me rends compte en écrivant ces mots pour décrire cette réalité, que tous ces mots il les a utilisés pour parler de moi. J’étais une dictatrice, il avait peur de moi… Plus tard il a dit à la gendarmerie que j’étais incontrôlable, que j’avais des crises de nerf… C’est complètement fou, j’ai du mal à me sentir légitime à utiliser ces mots, pourtant ils décrivent cette réalité, dont d’autres témoins peuvent attester. Mais il a réussi à me rendre difficile de les poser, ces mots, car ils ont été déformés par sa bouche.) J’ai commencé à comprendre qu’il n’y avait aucune issue de famille et de foyer heureux avec son attitude et ses principes. Je redécouvrais ses règles qui devenaient de plus en plus autoritaires et complètement folles tout en attaquant en permanence ma manière de m’occuper de ma fille. Il disait par exemple que c’était mauvais de fêter l’anniversaire d’un enfant, que cela en faisait un enfant roi. Je répondais que c’était n’importe quoi, tout le monde le fête, ce n’est pas pour autant qu’on en fait des enfants capricieux. Et il me disait que c’était un truc que juste mes autres copines « CSP+ » font, ce n’est pas tout le monde. Je réponds que non, tous les parents de l’école brassant plein de catégories socio-professionnelles fêtent les anniversaires… Il finit par un « non mais tu crois qu’au Sahel ils font les anniversaires ? ». Les discussions devenaient irréelles. Déconnectées de la réalité. Sans bon sens, seulement de la mauvaise foi. Et avec énervement. Arrêt de son véhicule en pleine route… Et la suite du process de pétage de plomb…  Pour finir, il m’a traitée de « nazie et SS », affirmant qu’il était « l’homme le plus maltraité de France » parce que j’avais osé organiser cet anniversaire sans son accord… Il allait de plus en plus dans le « grand n’importe quoi ». J’avais l’impression qu’il perdait de plus en plus le contrôle ou alors il se lâchait de plus en plus en assumant son autoritarisme et sa volonté de tout contrôler.

Et puis « LE » déclic. Un jour où nous sommes tous les 2 à une heure de la maison dans son véhicule. Il s’emporte contre moi, parce que je n’étais pas sûre de moi face à un vendeur, que je n’avais pas posé assez de questions à son goût. J’essaie d’expliquer que je ne me suis pas sentie à l’aise face à ce vendeur et que je suis désolée. Puis c’est parti, la machine est lancée, il n’y a rien à faire pour l’empêcher. Sentiment de désespoir profond, d’impuissance que de se sentir comme un train lancé à pleine vitesse, le frein cassé, et le mur au loin, la collision ne pouvant être empêchée… Alors il crie, s’énerve. Arrête le véhicule en pleine route. Et part. Routine habituelle, il arrête tout, m’emprisonne dans la situation où je ne peux ni partir car je l’abandonnerai, ni abandonner le véhicule car je serai coupable de laisser le véhicule, ni lui parler car c’est lui qui décide quand parler. Je ne peux qu’attendre, en recevant ses messages haineux sans droit de réponse. Il prend le contrôle, refusant le dialogue et l’apaisement. Il faut passer par ses étapes à lui. Il me met à sa merci, coincée, immobilisée. Situation irréelle, qui peut durer des heures, y compris à 500 km du domicile (heureusement plusieurs fois sans la présence de ma fille). Alors je prends le volant pour éviter un accident, et lui demande calmement de remonter et de se calmer, lui dis qu’il n’y a rien de grave. Mais c’est trop tard. On est parti pour plusieurs heures de folie violente. Je passe les détails des différentes étapes inévitables de ces longues heures. Mais à ce moment, je suis épuisée, à bout de tous ces mois, de toute cette violence quotidienne. Je n’en peux plus. Je suis loin de chez moi, et mon « chez moi » n’est même pas chez moi… C’est sa maison. Je n’ai pas de vrai chez moi où je peux me sentir en sécurité. Je suis coincée là, au bord d’une route, avec sa folie. Et ses parents qui s’en mêlent. Tout ce délire inarrêtable. Je n’en peux plus. Il y a les voitures qui passent. Personne ne s’arrête. Personne ne voit cette souffrance. Personne ne vient me sauver… Je me cache, je m’effondre, je pleure. Je prie, je supplie pour que cela s’arrête. A bout. Sans issue, sans lumière au bout du tunnel. Je reviens vers la route, et là je pense que si je traversais devant une voiture tout cela se finirait. Je me dis sérieusement que peut-être ce serait la solution, plus de souffrance, plus tout ce mal-être abyssal. Plus d’impasse, plus de prison. Plus de souffrance.

Il se passe une micro seconde où je ressens une sensation de liberté. De souffle d’air… La fin. La libération. Le repos éternel. Le silence. Le néant. L’annihilation des sensations et émotions.


Puis direct : ma fille.

Je vois ma fille. Un soleil, rayonnante de joie de vivre malgré tout, si belle et si joyeuse. Si pleine d’amour. Comment oser lui retirer sa mère ? Comment lui faire vivre ça ? Comment lui rendre acceptable (c’est impossible !!!) l’idée que sa mère ait préféré mourir et l’abandonner plutôt que de choisir de vivre pour s’occuper d’elle ?? Une enfant de 7 ans ? Quel enfant mérite ça ? Surtout pas elle !! (NB : Évidemment, aucun enfant ne mérite cela. C’est la pensée à chaud venant du cœur d’une maman…). Surtout pas elle avec toute sa joie, son regard émerveillé sur la vie. Et dieu que je l’aime cet enfant. Dieu que je lui ai déjà dédié tellement de ma vie, et  à son épanouissement, sa sécurité, son bonheur. Qui mérite ça ? Comment en arriver à gâcher la vie des autres ? Non je ne peux pas lui faire ça !

Et bim dans la foulée : « Eh oh réveilles-toi. Regardes-toi. Toi qui aimes tellement la vie, qui aimes la savourer, quand ça pétille de bonheur. Toi qui aimes partager les moments heureux, qui aimes aimer… toi qu’on décrit comme quelqu’un de rayonnante, lumineuse, comment peux-tu en arriver à vouloir mourir ? »; «HHOOOO il y a un problème là, une personne comme toi ne peut pas arrêter la vie comme ça » »il y a un immense problème si tu en arrives à vouloir mourir, à ne plus vouloir vivre. Tu aimes trop la vie pour ça !! ».

J’ai reculé. Je me suis fait peur. J’ai eu peur pour ma fille. Et quelque chose en moi a décrété qu’il fallait stopper ce massacre. Y mettre un terme. Que ce n’était (pas) plus acceptable.

Suite à ces évènements, j’ai pris une distance. Quelque chose en moi grouillait et prenait une consistance. Je commençais à rassembler mes esprits, me redresser. Mais je ne suis pas partie direct, j’étais encore dans le tunnel, dans les profondeurs. Je commençais à remonter une pente dans le noir..

Enfin, dans la suite sur quelques semaines, un autre enchaînement de circonstances vient finaliser les prises de conscience. Je tombe bien malade, mais prends sur moi pour ne pas affecter l’organisation de la venue de sa famille. Mais lui tombe malade également, et enchaîne sur des angoisses permanentes. Le prétexte pour rester au lit, et prendre des médicaments. Je comprends, je ressens au plus profond de moi que c’est fini, un non-retour est passé. Que ça va ne faire que s’aggraver. Qu’il trouvera toujours un prétexte pour aller mal, et vouloir faire de moi son infirmière, son esclave dédiée à lui. Je comprends enfin que malgré tous mes efforts, toute mon énergie qui peut déplacer des montagnes, et bien je ne peux rien faire. Que malgré toutes les choses positives autour de nous et dans notre vie, malgré ma joie, mon émerveillement, mes bons soins, mes efforts, malgré la beauté de cette région, malgré les rêves et les projets, ça n’ira jamais. On est en train de tous couler, et ça va continuer à être de pire en pire.

Sur le moment, je suis perdue, épuisée, éprouvée, à bout, désespérée et je me sens terriblement seule. Je ressens une profonde, gigantesque, abyssale solitude. Et j’appelle une amie, une de celles qui avaient senti qu’il y avait un problème, à qui je cachais la situation pour le protéger, pour que mes amies l’aiment… Une de celles qui sont cash et protectrices. Je m’écroule au téléphone, loin de la maison. Face à mes mots et cette solitude qui m’engouffre, dans mes souvenirs, elle lance : « Si tu as ces pensées, c’est alerte rouge ». Elle n’y va pas par quatre chemins, avec une forme d’autorité décrétant quelque chose comme  « 1/ S’il voulait vraiment aller mieux, il irait mieux. 2/ Tu ne peux pas l’aider à aller mieux s’il n’a pas envie d’aller mieux. 3/ Il va falloir que tu commences à envisager de ne pas finir ta vie avec lui. » J’ai très bien compris le : « Il va falloir penser à le quitter ». Sur le moment je lui dis, encore en proie à la culpabilité : « Mais je ne peux pas l’abandonner, il va mal ». Elle me répond en gros qu’il ira toujours mal, que j’ai déjà fait 100000 fois des efforts et du don de moi, et que maintenant il faut me prioriser… Ses mots et son ton font leur chemin en moi, et en quelques jours je comprends qu’il faut partir. Qu’il faut sortir de ça. Qu’il me faut me sauver, dans tous les sens du terme.

Cette discussion a été une étape forte et marquante dans ce processus. Elle est intervenue au bon moment, où j’étais prête aussi. Je ne sais pas si elle aurait fait mouche quelques semaines plus tôt…

Le processus de libération était lancé, les déclics se concrétisaient en une évasion.

(Pour ceux qui se posent la question, il s’est passé 5 mois entre l’aggravation des violences physiques et les pensées suicidaires puis cet échange téléphonique.  Durant cette période, j’ai réussi à contenir les violences physiques en le menaçant par écrit de partir chaque fois que je sentais qu’il allait être violent physiquement. Mais sur les dernières semaines, il recommençait à casser des objets et je craignais la prochaine nuit de violences où il évacuerait plusieurs mois de violences contenues… J’avais vraiment peur de ce pétage de plomb où il devenait incontrôlable physiquement. J’avais peur pour ma vie. Et j’avais peur que ma fille soit témoin encore de ces soirées d’ultra violence. Toute mon énergie passait à contenir la violence pour éviter l’explosion.)

L’évasion

…Le départ. La fuite…

Suite aux déclics, et à partir de LA conversation avec mon amie en mode « Alerte rouge », en quelques jours j’ai intégré le fait qu’il fallait mettre fin à cette situation. Et donc la relation. Partir. J’ai d’abord pensé quand même qu’on pourrait avoir une discussion finale, se dire les choses. Profiter du départ de ma fille pour plusieurs semaines de vacances chez son père et entamer directement le tête-à-tête décisif. Je me suis dit d’abord que je lui laisserais une chance de se remettre en question. (Oui je suis encore passée par cette étape… !).

Et en même temps s’entremêlent des milliers de questions. Et de peurs afférentes !!

Mais partir et aller où ? J’étais à des centaines de kilomètres de ma région d’origine, de mes amies, sans parents, et si des voisins ou collègues pouvaient bien me dépanner quelques nuits, je restais trop proche de lui et il pouvait me retrouver. Et j’avais peur de sa réaction. Et puis, que faire une fois chez eux, en décalage total avec leur rythme de vie, leurs préoccupations, leurs rires ? Moi et mon état d’épuisement et de choc ? Mon inconnu total et angoissant quant à la suite, les démarches à faire, …


Mais surtout, surtout, d’abord, comment partir ? Comment sortir de ce piège, cette prison également physique ?

Les étapes et le timing sont un peu confus. J’essaie de retranscrire au mieux les mots, la chronologie, mais il y aura sans doute des inexactitudes involontaires. L’état de stress et de choc floute les souvenirs… J’ai contacté une association d’aide locale pour parler. Avoir du conseil. La personne au bout du fil a été très compréhensive. En plus, c’était un homme. Et entendre ces mots de la bouche d’un homme m’a fait du bien. Cela m’a rappelé qu’il y a des hommes de confiance, protecteurs et bienveillants. Il a également posé les mots « manipulation », « violence »,« nécessité de partir ». Immense soulagement intérieur d’être confirmée, validée ! Commencer à me sentir légitime… pas folle. Je n’exagère pas ! J’ai le droit d’estimer que tout cela est trop, inacceptable même ! J’ai même raison de considérer que c’est de la maltraitance. Je ne suis pas seule à le penser, à le dire. J’ai également parlé, en deux fois, à ma collègue. Dire les choses à l’extérieur de moi, à quelqu’un de mon quotidien. C’était une étape importante, qui rendait réelles les choses en leur donnant un corps, mais avait aussi valeur de « non-retour ».  Une fois dites, mises en lumière, il y aurait des conséquences, je ne pourrais plus revenir en arrière, dans l’oubli, dans le noir, et « annuler les mots (et donc la réalité) ».  J’ai eu peur, le trac, mais je savais qu’il fallait le faire. En deux fois je lui ai dit en douceur, pesant les mots, avançant à petits pas, guettant ses réactions, ce qu’elle pouvait accepter d’entendre, de croire, d’encaisser… Sans me mettre trop en danger, sans risquer une réaction brusque de retrait ou de négation de ma situation. Quoi de pire à ce moment que d’entendre : « Tu crois pas que tu en fais trop, empires le truc ? T’exagères un peu, c’est pas si grave ». Son soutien et sa compréhension m’ont apporté une grande aide intérieure, une sécurité. Travaillant avec elle à l’extérieur, j’en profitais pour passer des appels importants à des associations en même temps et réfléchir à où partir.

J’ai ainsi contacté d’autres structures comme le CIDFF et le Planning Familial, pour savoir comment faire, comment me protéger, comment, étant mariée, éviter notamment la faute pour abandon de domicile. Ou comme m’alertait mon amie, penser à éviter d’aller chez un homme seul, pour ne pas se faire accusée d’adultère. Je m’attendais à ce que mon mari soit très procédurier et me fasse payer mon départ.

J’ai enchainé en quelques jours les appels, organisant deux journées de réunion à l’extérieur pour pouvoir passer ces coups de fils. La maison était petite, il pouvait m’entendre, et il fallait justifier si je m’éloignais pour téléphoner. Je ne savais pas comment justifier sans suspicion autant d’appels longs. Le CIDFF m’a renvoyée vers une autre association locale d’aide aux victimes de violences intrafamiliales proposant un hébergement d’urgence (je citerai les structures précisément quand j’aurai passé certaines étapes administratives, devant d’abord me protéger). La bénévole, fondatrice de cette association, m’a accueillie en me croyant et me disant qu’une place étant disponible pour moi. Dès aujourd’hui. Que s’il y avait un problème, ils pouvaient venir me chercher. J’en ai pleuré, d’avoir cette chance immense de bénéficier de leur aide. Quoi? Ici sur terre il y a des gens comme ça, qui peuvent venir vous chercher et vous extirper d’un marécage ? Ma fille partait chez son père dans quelques jours, je voulais attendre ce moment, pour qu’elle soit épargnée de la violence de cette fuite. Qu’elle parte profiter de ses vacances, pendant que je mettrais tout en branle. Pour la préserver de ces chambardements.

Ces derniers jours ont été d’une tension et d’un stress immenses. Je préparais un départ en secret, tout en accompagnant la fin d’année de ma fille et sa joie des vacances, et en veillant à contenir la violence grandissant en mon mari, voyant la cocotte-minute en lui s’impatienter. Je craignais une énième nuit de folie avant le départ de ma fille. Je craignais qu’il découvre mon intention de partir et qu’il me défonce, et même me tue. J’en avais réellement peur. Je me disais encore que je partirais le lendemain du départ de ma fille, pour lui laisser une dernière chance que ça se passe bien le soir-même, en se retrouvant seuls tous les deux. Mais les associations m’ont alertée sur les risques pendant cette soirée. Je culpabilisais encore malgré tout. Mais je me suis rappelée qu’il a eu des milliers de chances. Et que là, il y avait urgence à sauver ma peau. Notre peau à ma fille et moi. Alors en 3 jours j’ai mis quelques vêtements, quelques doudous de ma fille, mes papiers, mon sac de travail dans ma voiture. Me préparant à m’évader, en même temps que je déposerai ma fille à la gare.

Je dois dire au passage que pendant toutes ces étapes, j’ai été mue, guidée, portée sur une vague par une force, un instinct intérieur puissant pour faire les choses. Pour m’organiser, regrouper certains objets, et anticiper, réfléchir. Du jour au lendemain, je me suis trouvée « guindée » par un mental et calme intérieur permettant d’effectuer avec sang-froid les choses, sans me faire submerger par le stress et les peurs. Une force m’a emplie, l’adrénaline ?, pour avoir l’énergie de démultiplier en peu de temps les appels, les préparatifs, tout en gérant le quotidien et canalisant sa violence. J’ai retrouvé le mental et la concentration des compétitions sportives de ma jeunesse. Juste concentrée sur l’objectif, sans me faire détourner ni faillir par la fatigue, les questions, le stress, les agitations et intimidations extérieures, les doutes, la peur de l’échec. Il fallait tenir. Quoi qu’il arrive. Question de survie. Et dans cette énergie, je restais focalisée dans l’instant présent, alerte et vigilante comme un animal sauvage en zone hostile.

Mais quel stress immense, indescriptible et inimaginable de préparer en douce ces quelques affaires. (Et je sais que j’ai de la chance d’avoir pu faire cela ! Là où d’autres victimes ont tout perdu, ont été mises dehors, se sont enfuies sans rien…). M’organiser sans qu’il ne me voie, alors qu’il était tout le temps sur mon dos. Que la maison est toute petite, qu’il regarde partout, que je n’avais aucune zone personnelle. Par exemple, si j’enlevais certains vêtements du placard commun, il le verrait. Tension digne d’un agent secret, craignant pour ma vie. Puis charger en discrétion ma voiture. Sans qu’il n’aperçoive les affaires dans le coffre. Je les ai planquées dans des cartons d’archives de mon travail, me disant qu’il ne les fouillerait pas. Car il pouvait vouloir emprunter ma voiture ou aller y chercher un truc, et ainsi tout voir… Je serais prise sur le fait et je ne donnais pas cher de ma peau.

Et en même temps, malgré tout ce qui m’agitait intérieurement, faire illusion auprès de lui et de ma fille, afin qu’elle ne se rende compte de rien. Néanmoins, je préparais le terrain pour « après », semant quelques graines, en lui disant qu’on irait voir mon frère toutes les deux à son retour. Oui, que toutes les deux. Sans autre explication, « juste parce que ça me fait plaisir comme ça. Non, il ne sera pas d’accord, mais on verra ». Qu’on irait faire ci et ça, ensemble. Qu’on ferait des gâteaux toutes les deux (activité interdite) … Histoire qu’elle amorce des images dans sa tête, avec juste elle et moi, et avec des nouveautés, des bouffées d’air. Histoire de rendre son retour et son atterrissage les plus en douceur possible. Car évidemment, j’appréhendais aussi les conditions de son retour. Où habiterions nous ? Où serions-nous? Et son école, ses amies ? Et même s’ils s’étaient distanciés ces derniers mois, avec son autoritarisme s’aggravant et sa violence, je ressentais que ma fille était malgré tout attachée à lui. Elle l’avait connu petite, et avait vécu la moitié de sa vie avec lui. Il lui proposait aussi parfois des moments sympas. Et elle s’était habituée malheureusement à pas mal de ses règles austères, et à l’ambiance pesante, lourde, mortifère. Même si c’était pour du mieux, je m’attendais à ce qu’elle soit aussi perturbée, triste de cette séparation. Et puis avec le choc d’avoir perdu la maison, sa chambre, ses affaires, son quotidien, son environnement familier brutalement sans y être préparée (moins d’un an après ce grand déménagement, un changement de région et d’un tsunami familial dont il ne reste que mon frère, son oncle). J’avais peur qu’elle en soit trop impactée, malheureuse (même si la situation était déjà malheureuse). Mais j’étais confortée en la connaissant et pensant qu’elle prendrait la vague en route de cette nouvelle vie « normale », libre devant nous et que son naturel joyeux et enthousiaste, dévorant la vie, reprendrait vite le dessus. Mais chaque chose en son temps, déjà PARTIR ! (-en vie-)

Autre défi colossal. Partir sans lui à la gare, alors qu’il voulait toujours ne pas être seul et rester avec moi. Je savais qu’aucune discussion, aucune excuse ne serait possible pour y aller seule. Qu’il refuserait. Qu’on risquait plutôt une nuit de violences si j’essayais d’en parler. Alors il fallait trouver une solution pour partir sans lui. Je suis plutôt bisounours que commando secret, pas facile d’échafauder un plan… Alors j’ai longuement réfléchi à la solution, avec ce sang froid qui était là. Il fallait que je mente sur les horaires du train et du départ (1h de route pour aller à la gare). Heureusement il ne se souvenait jamais des horaires. J’ai menti en disant que le train partait en fin d’après-midi, donc départ de la maison à 15h. Le train partait en vérité plus tôt. Il fallait que je trouve un prétexte pour m’échapper de la maison à 13H sans être vue, avec mon sac à main et de travail sans suspicion, et récupérer ma fille à son école pour rejoindre la gare. J’étais occupée le matin par mon travail, surveillant les heures qui s’écoulaient trop lentement. Péniblement. Souhaitant plus que tout être ailleurs, pas dans cette vie, pas dans ce moment, après, plus tard, plus loin. En proie au stress. A l’appréhension qu’il découvre tout. Qu’il m’étripe. Que ma fille loupe son train. Prise de vertige face à cette réalité : j’allais m’enfuir. Quitter tout. Cette vie. Cette maison. Cet homme maltraitant et destructeur. Mes rêves. Mes espoirs. Mes affaires. Laisser ici des souvenirs, des affaires personnelles, les affaires de ma fille. Oui je suis attachée à des objets, certains sont rassurants, sécurisants, ou porteurs de mémoires. Parfois ils sont tout ce qu’il me reste de ma vie. Dans tout cet enfer, quelques objets étaient des réconforts, et me sécurisaient. J’allais tout laisser ici, sans savoir la suite. J’étais face à un inconnu total, vertigineux. Un gouffre dans lequel j’allais sauter. Avec juste une adresse en point de chute, dans une maison inconnue, avec des inconnues.  (Et consciente d’avoir cette immense chance en même temps !!! Et pleine de gratitude pour ces personnes, ces victimes qui ont monté bénévolement ce projet d’accueil d’urgence pour en aider d’autres.)

Plus l’heure se rapprochait, plus je tremblais. Craignant qu’il ne comprenne. Craignant le loupé. Il fallait encore manger ensemble, faire semblant. Depuis quelques jours j’étais très effacée, vague, je ne m’opposais pas trop, je repoussais à plus tard les discussions, prétextant un épuisement important et beaucoup de travail. Je disais qu’on en parlerait une fois ma fille partie. Ce midi, les minutes s’écoulaient horriblement lentement. J’étais pétrie de stress et de peur. De vertiges. Le cœur qui battait la chamade. Les sueurs froides. J’avais l’impression que j’allais faire un malaise. Mais j’aurais tout foutu en l’air. Fallait tenir. M’accrocher à moi. Je ne savais pas où j’allais, mais j’allais sauver ma peau (et ça ça redresse). Conscience de la folie de la situation. Je me disais : »Qui autour de moi peut imaginer une seule seconde ce que je suis en train de vivre ? La violence inouïe ? Cet isolement absolu ? Ce stress inimaginable ? Qui peut se douter de ce qu’il se passe dans l’intimité d’un foyer (et je sais qu’il y a 10 000 fois pire !!) ? Qui peut soupçonner l’indicible derrière les portes d’une maison (ou d’une chambre…) ? »

Je comptais les minutes. Je lui avais annoncé avoir pris rendez-vous avec une amie pour s’appeler 30 minutes. Une amie habitant dans les DOM-TOM, qu’il tolérait car je ne l’appelais quasiment jamais et surtout qu’elle était loin, donc ne pouvait intervenir dans ma vie. Je l’avais prévenu doucement mais fermement que j’irais l’appeler en marchant dans le village pour être tranquille et prendre l’air en même temps. Je saisirais ce prétexte pour m’échapper sans être vue à un moment où il serait occupé à l’intérieur, prenant mes sacs à main et de travail (ce qui n’était pas normal pour passer un appel, d’où la précision car il fallait sortir de la maison en dehors de sa vue). Chance ultime, comme il nous restait 2 heures avant le faux départ pour la gare, il me dit qu’il irait faire un tour à moto pendant mon appel. C’était inespéré. J’ai ressenti un soulagement intérieurement, et ai attendu quelques minutes qu’il démarre et s’éloigne, profitant de cette veine pour partir en courant dans l’autre sens avec mes affaires jusqu’à ma voiture (là encore je me suis dit, et si les voisins imaginaient ce qu’il se passait là ? …). Portée par l’adrénaline, j’ai couru, démarré, et suis allée chercher ma fille en faignant un état de calme, alors que j’étais rongée par la peur qu’il nous croise. Du scandale en pleine rue, devant ma fille.

Je l’ai embarquée en express, traçant, accélérant et priant pour ne pas se croiser. J’étais mal, la tête qui tournait. Je voulais me sentir enfin tranquille, mais ce n’était pas fini. Tant que ma fille n’était pas en sécurité et en paix dans son train, je ne pouvais pas me relâcher. Et vint ce moment de grâce alors que je cherchais à surmonter mon stress, ma fille qui me propose de mettre de la musique. Alors oui, chantons ! La musique me calme un peu. J’espère alors qu’il découvre mon départ le plus tard possible, pour ne pas qu’il débarque à la gare en roulant en furie pour nous rattraper. Je ne voulais pas que ma fille assiste à ce carnage. On se rapproche de la gare, je m’apaise un peu. Mais « coup de théâtre » (oui à ce moment de ma vie, ces imprévus sont dramatiques), son train a 45 minutes de retard. Ce qui lui laisse le temps de s’apercevoir de mon départ et de nous retrouver à la gare.
Je préviens alors l’association qui m’hébergerait le soir même, que j’arriverais en retard car le train était retardé. Et que j’ai peur qu’il débarque. L’association se mobilise, active des contacts et nous voilà toutes les deux mises en sécurité dans des bureaux dans la gare. On ne nous pose pas de questions. J’explique à ma fille que j’ai appelé une copine qui nous met gentiment au calme pour attendre. On nous offre à boire et des petits jeux pour ma fille. On s’occupe. C’est calme. Il n’y a pas de bruit. Dehors il fait beau. C’est l’été. Ma fille commente l’extérieur, les parcs, la vue sur la gare. Moment irréel de calme dans la tempête. Je tremble, je suis en état de choc. Mais j’essaie de faire en sorte que ma fille passe un moment serein.

Il me demande par sms où je suis car c’est l’heure du faux départ. Je retarde au maximum ma réponse, pour ne pas qu’il me retrouve ici ou qu’il débarque à l’école chercher ma fille et y faire des problèmes. Au moment qui me semble ok, je lui mens en répondant qu’elle est déjà partie avec son train. Que je suis partie dans un hôtel pour me reposer car je suis trop épuisée, et que j’ai besoin de prendre soin de moi. Ce seront mes derniers mots. Je ne répondrai plus ensuite à aucun de ses messages. Jamais. Quelle que soit leur nature.

Je profite de ce temps calme avec ma fille, avec mille questions en tête quant à la suite… Et en même temps, un soulagement d’être enfin sortie de tout cela. Ça y est, c’est fini. Je suis en état de choc. J’ai du mal à réaliser. Et en même temps, tout ne fait que commencer. Il allait y avoir ses réactions, les démarches de séparation, la recherche d’un logement, et surtout j’allais devoir me protéger de lui… Ce seront d’autres récits pour relater ces étapes.

Le train arrive enfin. Des gens nous escortent jusqu’au wagon, sans parler, sans questions. Sentiment de sécurité physique tellement réconfortant et nourrissant. Émouvant. Oui la roue peut tourner ! C’est miraculeux de bénéficier de tout cela. Ma fille part enfin vers ses vacances, loin de tout cela. J’ai devant moi plusieurs semaines pour agir, et lui offrir un retour dans un nouveau chez nous, en sécurité et dans la joie…

Je traverse la gare, seule, choquée. Quitte précipitamment les lieux, et passe par des routes inhabituelles jusqu’à l’hébergement. Je m’attends à arriver et à m’effondrer dans les bras des bénévoles. Je laisse des messages à mon amie pour la tenir informée, lui dire que ça y est, c’est fait. La rassurer.

J’arrive à l’hébergement. Les bénévoles m’accueillent. Je suis choquée, je n’arrive pas à me rendre compte de ce qu’il se passe, et en même temps je m’en rends extrêmement compte. Mélange de confusion et d’hyper-lucidité, de détresse absolue, d’adrénaline et de sang-froid tenace. J’ai juste besoin d’être seule, au calme. Je ne veux pas parler. Pas m’ouvrir. Je suis fermée, repliée derrière mes protections. Comme un animal sauvage. Les bénévoles comprennent et respectent cela, me demandent les informations d’usage, et me laissent me reposer pour le weekend. Elles peuvent m’héberger 6 semaines. Si je n’ai pas trouvé de logement d’ici là, je pourrai accueillir ma fille ici. Et reconduire encore une fois les 6 semaines. Elles ne me laisseront pas à la rue. Ce soutien, cette hospitalité est inestimable. C’est miraculeux. Elles m’aideront à dans les démarches administratives, juridiques… Aurais-je osé ou réussi à partir sans tout cela ? Clairement avoir ce toit, cette sécurité, cette compréhension et cet accompagnement m’a donné une impulsion pour finaliser et concrétiser le départ. Ce cadre sécurisant m’a redonné de la force pour affronter ces dernières étapes afin de quitter cet enfer. Cela m’a donné de la force pour rebondir. C’est inestimable. Je leur ai dit tant de fois merci du fond du cœur pour leur aide, et aucun mot n’est suffisant. Je raconterai, et citerai l’aide apportée par cette association et les autres structures m’ayant accompagnée, ainsi que les démarches par lesquelles je suis passée, avec les loupés, les bons réflexes…

NB : Ce fut très éprouvant pour moi d’écrire cet article. De me replonger dans ces émotions, ces heures dignes d’un thriller intense. Pourtant j’avais besoin de l’écrire. C’est d’une façon que je ne m’explique pas trop l’article que j’ai eu le plus besoin d’écrire. De raconter. Car j’ai souffert de ne pas pouvoir expliquer tout cela à mes proches au téléphone, ne pas parvenir à leur faire se rendre compte de ce stress, ces sensations. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais besoin qu’on comprenne ce que j’avais vécu. C’était important pour moi. Mais il faut des heures pour relater. Il faut du temps, de l’attention. Et puis est-ce vraiment souhaitable ? Je m’étais dit qu’un jour j’écrirais… J’arriverais alors peut être mieux à décrire l’indescriptible ? Je ne sais pas si j’ai réussi, mais au moins les mots sont posés, et je pourrai peut-être aussi les oublier un peu… Car plus de 6 mois plus tard, j’en rêve encore. Les émotions sont encore là. Le choc est encore présent. Et, ayant repris une vie « normale » et libre, c’est irréel de repenser à tout cela, de me dire que j’ai vraiment vécu tout cela ! Cela paraît fou… Pourtant ce passé et cette réalité sont encore bien présents, car je suis encore dans les démarches administratives (divorce, récupérer mes affaires…), juridiques (un article à faire à part entière pour témoigner), et pour d’autres raisons que j’expliquerai de ma vie « d’après », et de ses réactions suite à mon évasion… Mais je vais faire une pause dans l’écriture pour me remettre de mes émotions 

NB 2 : En relisant et parlant de cet écrit, je me dis également que j’aimerais que ce témoignage de fuite, à la fois personnel et à la fois proche de tant d’autres, permette d’aider à comprendre et se rendre compte de la difficulté à partir, sortir de ces emprises et violences conjugales. Face à toutes ces questions « Pourquoi elle ne part pas ? Pourquoi elle n’est pas partie avant ?». De l’extérieur cela parait peut-être simple. « Suffirait de partir, y’a qu’à ». Mais ce n’est pas une simple séparation entre deux adultes, ni une décision qui s’organise « normalement ». Il y a des enjeux énormes, des liens et conséquences importantes. On est face à des questions de sécurité physique, affective, et psychique… Culpabilité, anéantissement de la confiance en soi, dépendance, isolement, vulnérabilité, fragilité, détresse, désespoir, dépouillement des moyens et ressources personnelles, peur, y compris pour sa vie… sont là, bien présents. Et avec cet état d’être, il faut se mettre dans la dynamique d’organiser seule une fuite et sa protection physique et juridique. Trouver un hébergement, protéger le/les enfants. S’entourer de professionnels. Aller chercher de l’aide logistique, administrative, financière… Se reconstruire. Alors qu’on est au plus bas, car le compagnon violent a œuvré tant de temps pour nous détruire et nous isoler. Prendre en compte qu’en plus de l’emprise, des attachements affectifs, des menaces de l’autre (chantage au suicide and co), on « n’a plus de cerveau », avec perte de lucidité, confusion, « errance », repli sur soi. Voire pour certains cas dont on m’a parlé, dépression profonde, perdition, troubles alimentaires, alcoolisme, autres refuges pour fuir mentalement et psychiquement… ce n’est pas une simple décision comme de choisir de se désinscrire d’un club sportif… Je n’en ai pas souffert (à part de la gendarmerie…), mais j’ai entendu des victimes qui ont été blessées par le regard et le jugement de proches, de personnes à qui elles se confiaient. Pas la peine d’expliquer en quoi le non-jugement, l’écoute, et l’empathie sont primordiaux…  Il y a encore des choses à faire malgré tout pour faciliter la protection et la fuite des victimes. L’exemple des bénévoles et associations qui s’activent pour aider est incroyable, et il faut continuer à réfléchir, à se parler, à en parler, pour dénoncer ces actes de violence, qui ne sont qu’une des facettes de la violence de cette société et de ceux qui la conduisent en ce sens. Et parler ensemble pour mieux se protéger de ces personnes, et mieux aider les proies qui se sont retrouvées dans les griffes puis leur toile, notamment parce que ces victimes avaient déjà des failles causées par d’autres violences de cette société. Des sortes de pluri-victimes sociétales.. Alors y’a plus qu’à hein… Et ça concerne tout le monde…

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